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2014-07-10
Histoire de Mme Renée Degauque

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À six ans, la petite Renée a commencé ses cours à l’école de Fontaine : une demi-heure de marche avec son lunch dans un thermos. Parfois, un paysan la faisait monter dans sa voiture tirée par un baudet ou le boulanger lui permettait de s’installer sur le marchepied de son fourgon. Mais, après deux mois, elle a été très malade ; elle ne pouvait plus marcher. Lorsqu’elle est retournée à l’école, à sept ans, on l’a classée en 3e année, alors elle a été incapable de suivre le programme. Quand elle avait entre huit et onze ans, sa mère travaillait à l’usine de galvanisation et Renée prenait soin de son frère et de ses sœurs. La grand-maman paternelle demeurait avec eux et s’occupait de la popote. Son oncle Michel et sa tante Paula, ses parrain et marraine, demeuraient à Anderlues ; elle s’y rendait souvent à pied. Sa tante Léa vivait à Leernes où elle cultivait des légumes. La jeune Renée y allait chercher des pommes de terre hâtives et tardives que ses parents entreposaient dans la cave. Ils achetaient aussi des mannes de pommes chez un voisin de tante Léa. La famille possédait quelques animaux qui leur servaient de nourriture : des poules, des pigeons, des lapins et un mouton. Les enfants appréciaient leurs compagnons : un chat nommé Rubis, et un chien, Marquis.

Mme Renée aidait la voisine Palmire et sa fille Germaine à faire les foins. Chez M. Turo, on allait faire cuire les tartes au sucre, aux prunes, aux pommes et au riz dans le four à bois. On se procurait le pain chez le boulanger et le lait, le beurre et la crème chez un cultivateur. Entre ses occupations, Mme Renée jouait avec ses poupées et un carrosse en osier dont elle se servait pour promener Gisèle, la plus jeune.

Plus tard, elle assistait aux fêtes de campagne dans son village. On faisait des tartes et on invitait la famille. C’était la foire toute la fin de semaine jusqu’au lundi : il y avait des jeux, des kiosques, des courses en sac. À Fontaine, on faisait aussi la fête avec des carrousels, des autos tamponneuses, des étals de bonbons, caramels, chocolats, biscuits. Les vêtements étaient confectionnés par une couturière, Lucienne, la fille des voisins, Oscar et Gertrude. Leya, la sœur de Renée, était chapelière.

Un jour que Renée prenait part à la fête de Beaulieuzar, un certain Léon Duvivier, de Fontaine-l’Évêque, entre avec un voisin et invite Renée à danser. Elle accepte, et c’est comme ça qu’elle a connu son mari. Il était chauffeur de camion chez Steinwith et, plus tard, ouvrier à l’usine de galvanisation. Un peu avant la guerre de 39-45 il s’est enrôlé. Des camps de soldats se préparaient ; c’était un véritable château-fort. Renée allait parfois rendre visite à son fiancé avec sa belle-mère et Léon, qui s’ennuyait de sa douce, a déserté le camp quelques fois pour venir la voir.

Les tourtereaux se sont mariés en 1941 à la commune (mairie). Madame portait un tailleur confectionné par la couturière et monsieur, un habit acheté au magasin. Le repas de noce n’était pas très copieux : un peu de viande (des poules), du bouillon, de la sauce, des croquettes de pommes de terre, tout ça préparé par la maman de Renée. Le soir, ils ont rencontré un autre couple de jeunes mariés au café Chez Frédéric. Le voyage de noces on n’y pensait pas, c’était la guerre. Les temps étaient difficiles pour tout le monde. Il n’y avait rien dans les magasins. Le sucre, le pain, tous les aliments étaient rationnés ; ça prenait des coupons. Le couple demeurait chez les parents de Léon, à Fontaine-l’Évêque. Étant soldat, Léon a été appelé à participer aux combats. Pris de panique, il s’est sauvé dans les Ardennes, belle région vallonnée et boisée. Un jour qu’il marchait sur la route avec son frère, les Allemands les ont faits prisonniers. Léon est demeuré quelques mois dans la prison de Charleroi, puis il a dû travailler pour les Allemands. Durant cette période, Renée n’avait pas de nouvelles de son mari. Elle a accouché d’un fils, Hervé, avec l’aide d’une sage-femme que son beau-frère avait amenée.

Quand Mme Degauque parle de la guerre, elle se souvient que son père aurait voulu se réfugier au Canada avec sa famille, mais la maladie l’en a empêché. Elle raconte que les Allemands passaient quelques jours dans un village. Les officiers dormaient dans les lits des habitants, et ceux-ci couchaient par terre. Les soldats occupaient les fermes. Le soir, il y avait le couvre-feu et la nuit, lorsque les avions survolaient les maisons, on se réfugiait à la cave. Un jour, Renée s’est rendue à la charbonnerie où travaillait son père pour y ramasser des « gayettes », petits morceaux de charbon. Sur le chemin du retour, les Allemands l’ont arrêtée, ont fouillé son sac et l’ont laissée partir. Elle s’en rappelle encore !

Quand la guerre a pris fin, en 1945, son mari était-il mort ou vivant ? Elle se posait la question. Puis elle a reçu le message d’aller le chercher à la gare de Fontaine. Toute la famille est allée le retrouver, et Léon a fait la connaissance de son fils, alors âgé d’un an environ. Il est retourné travailler chez Steinwith. Plus tard, avec ses frères, il a acquis l’usine de galvanisation où on galvanisait des clous, des clous de bateaux, des crampons, des rondelles, des chaînes, des chaudrons, etc. Là, ils demeuraient dans une nouvelle maison près de l’usine. Après quelques années, Léon et ses frères ont vendu l’usine et la maison. Le couple a emménagé dans un grand condo à Bruxelles pour une quinzaine d’années. Ils aimaient visiter la famille et les amis, magasiner et faire des randonnées en auto dans les Ardennes. Lorsque leur fils Hervé s’est envolé pour le Canada, il s’y est établi. Ses parents sont venus lui rendre visite. Malheureusement, Léon a eu un fâcheux accident : il marchait avec un ami le long de la route 117, entre le chemin Curé-Corbeil et le Mazot suisse, lorsqu’une auto l’a happé sans jamais s’arrêter. On l’a transporté à l’hôpital ; ses jambes étaient dans un piteux état. Ils ont tous les deux regagné la Belgique, où on a opéré Léon à la hanche. Ça n’a pas bien réussi et il a passé environ une année avec une jambe dans le plâtre. Il fallait le changer chaque mois. Son cœur a finalement lâché et il est décédé en octobre 1983. Après l’enterrement, Mme Degauque a quitté son appartement à Bruxelles et est arrivée pour de bon à Val-Morin. Elle a acheté la maison voisine de celle de son fils et ses meubles ont été transportés par bateau. Elle prenait bien soin de sa maison, rentrait le bois pour le foyer, pelletait la neige sur la galerie et cultivait de jolies fleurs. Un petit chien beige nommé Candy lui tenait compagnie. L’été elle se rendait dans le nord, en camping avec son fils. Elle a connu des gens qui sont devenus ses ami(e)s au centre de jour et aux Joyeux Aînés. En 2011, elle a dû vendre sa maison et aller vivre avec son fils et son petit chien Voyou. En 2013, elle est allée en Belgique pendant un mois, pour revoir sa sœur Gisèle (85 ans), ses neveux et nièces et ses ami(e)s. Elle a trouvé le voyage trop court !

Aujourd’hui, elle va au centre de jour une journée par semaine. Elle y prend le repas du midi et participe à diverses activités. Elle se joint aussi parfois aux Joyeux Aînés. Elle aime bien sortir, magasiner, manger au restaurant, se faire coiffer. Mais l’hiver, elle est plus craintive. Elle rend souvent visite à sa petite-fille Lydia et son époux avec leurs enfants, Annabelle et Édouard. Voilà une vie bien remplie !

Merci à Mme Degauque, cette mémoire vivante que j’admire profondément, pour sa grande générosité. Merci à M. St-Hilaire et à Geneviève St-Amour pour les photos et à Élise Bonnette pour la transcription et la révision du texte.


Huguette Viau

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