VAL-MORIN, SON HISTOIRE
- Par Claude Proulx, historien, 20 novembre 2003
Au nord de Sainte-Adèle, au sud de Val-David, sur les
rives de la rivière du Nord, se trouve, niché dans
les montagnes, un des plus beaux petits villages des Laurentides :
« Val-Morin », situé dans le Canton de Morin,
lequel porte le nom du grand apôtre de la colonisation,
l’honorable
Augustin-Norbert Morin qui, de bonne heure dès 1842,
possédait de vastes étendues de terre.
Vers 1851, Augustin-Norbert Morin, se fait bâtir
une résidence à Sainte-Adèle, près du
lac Raymond, sur le territoire même des limites de Val-Morin
d’aujourd’hui. À cette époque, Val-Morin
faisait partie de Sainte-Adèle un territoire non
organisé qui relevait du Conseil du comté de
Terrebonne, où, un bon nombre de colons y étaient
établi. Un des événements de cette
période semble avoir été l’ouverture et
la construction des chemins. Les colons, en arrivant, se
plaçaient souvent au petit bonheur. Ils se traçaient
à travers la forêt une petite route pour communiquer
avec les voisins et surtout avec Saint-Jérôme. Rien de
moins régulier que ces sentiers déviant à
droite ou à gauche pour contourner un rocher, éviter
un arbre. Le temps était venu de faire de vrais chemins et
de construire des ponts.
Les premiers développements du secteur Val-Morin
remontent à la fin du 19ie siècle, avec
l’arrivée en 1892, du chemin de fer du Pacifique
Canadien, bien qu'il faille fixer les véritables
débuts de Val-Morin en 1922.
Le nom de Val-Morin, attribué au premier bureau de poste
en 1887 et à la municipalité créée en
1922, par suite de son détachement de Sainte-Adèle,
rappelle Augustin-Norbert Morin, né le 12 octobre
1803, qui fut avocat, homme politique et juge. If fut notamment
député de Terrebonne de 1851 à 1854 et
ministre du gouvernement du Canada-Uni.Cependant, le fait que les
missionnaires chantent la messe dans sa maison à
l'époque de la colonisation de la localité, dont il
compte parmi les premiers résidents, a sans doute
contribué davantage au désir des autorités
d'alors d'enchâsser son souvenir en dénommant
l'endroit de son nom, d'autant qu'il a aidé nombre de colons
des cantons du Nord à s'y établir. Sur ses
propriétés de Sainte-Adèle qu’il aimait
tant, sur lesquelles il avait rêvé de finir ses jours
dans la paix et la tranquillité, dans cette maison, au lac
Raymond et qui avait été témoin de ses plus
heureuses journées, monsieur Morin mourut subitement le soir
du 27 juillet 1865. La nouvelle de sa mort se répandit comme
une traînée de poudre dans les cantons du Nord
où chacun avait conscience de perdre un bienfaiteur, un ami,
un père.
Le territoire de la municipalité de Val-Morin,
s’étend sur une superficie de 39,0 kilomètres
carrés et atteint 309 mètres d'altitude. Il occupe
l'extrémité sud-est de la Municipalité
Régionale du Comté des Laurentides. La rivière
du Nord traverse tout son territoire et offre un paysage splendide
avec ses lacs ; Beauvais, Bélair, La Salle, Lavallée,
Normand, Valiquette, ainsi que le magnifique lac Raymond, dont la
dénomination nous rappelle le nom d’Adèle
Raymond, l’épouse d’A.N. Morin.
Parmi les premières familles souches de colonisateurs qui
se sont installées sur le territoire de Val-Morin, on
retient notamment celles de : Jean-Baptiste Payement qui, en 1855,
avait été nommé inspecteur des chemins des 4e
et 5e rangs de Morin et Adolphe Paquet et Olivier Rochon comme
sous-voyers; Isidore Legault, inspecteur dans le 10e rang et Simon
Leblanc comme sous-voyer ; Olivier Valin, inspecteur du 3e rang, et
Pierre Lacasse, Basile Boileau, et Alexandre Saint-Louis,
sous-voyers. Enfin, l’empreinte qui y ont laissé les
Morin, les Lachaine, et les Grignon, ne s’est pas
effacée jusqu’à nos jours.
L’histoire du patrimoine industriel est
diversifiée. Vers 1855, une industrie qui semble avoir
été florissante est celle de la perlasse. Les
perlasseries et les potasseries rapportaient à la province
un revenu annuel de 230 000 dollars. Une industrie de la potasse se
trouvait à la Montage du Sauvage, elle avait trois cuves et
Auguste Labrie en avait établi une au village.
Le premier maire de Val-Morin fut monsieur Tancrède
Legault. Élu en juillet 1922 il occupe le poste
jusqu’en 1932 puis de 1935 à 1938. La première
séance du conseil municipal s’est tenue le 7
août 1922 chez Pascal Ouellette. On y engage le premier
secrétaire trésorier monsieur J.A. Lessard, au
salaire annuel de deux cents cinquante dollars. D’autres
maires ont succédés : Fidèle Ouellette (
1933-34) ; Aimé Viau, (1939-50) et (1954-56) ; Albert Vanier
(1951-53) ; Émile Bélair (1957-58) et (1961-64) ;
James Davidson (1959-60).
En 1923, on y construit deux écoles de rang. On raconte
que les maîtresses d’école gagnent cent dollars
par année. Puis, en 1931, on érige la première
école du village. Avec la construction du Couvent du
Sacré-cœur en 1941, le salaire annuel d’une
enseignante s’élève à quatre cents
dollars. En 1949, quatre professeurs enseignent tous les
degrés de classe à quelque 127
élèves.
L’histoire raconte que Les Bélair, les
Cléophas, les Foisy, les Hermas, les Larose, les Marengher,
les Marinier, les Ouellette, les Pagé, les Vanier, les Viau,
les Vendette et les gens de leur génération,
marchaient au catéchisme à Sainte-Adèle.
Dès 1917, les tentatives de madame D.P. Delaney,
auprès du curé Lesage de Ste-Adèle, furent
couronnées de succès pour obtenir une desserte des
services religieux. La messe dominicale fut dite dans
l’école de la Grande ligne jusqu’en 1924,
année où on bâtit l’église sur un
terrain offert par un monsieur Josselin, que l’on dit
être d’une autre religion. La famille Molson avait
apporté une importante contribution à la construction
de l’église.
C’est en 1925 que la paroisse catholique de Saint-Norbert,
fut canoniquement érigée. Son nom a retenu un des
prénoms "sanctifié" d’Augustin-Norbert Morin,
en guise d'identification. La paroisse compte une soixantaine de
familles résidentes et environ quarante familles de
villégiateurs. Monsieur l’abbé Eugène
Therrien en est le premier curé.
Depuis 1937 et jusqu’en 1979, la présence des
Frères des écoles chrétiennes au lac La Salle,
a donné un essor important au développement de la
municipalité. Il en est de même pour
l’Hôtel Far Hills Inn, l’Académie
Laurentienne, le centre de Ski Belle Neige, le Club de Golf
Val-Morin, le centre équestre, l’Auberge de la Gare et
plus récemment, le Parc linéaire Le P’tit du
Nord.
Agriculteurs à l'origine, les Valmorinois se sont
désormais tournés vers l'exploitation de centres de
ski alpin et de ski de fond, d'activités de plein air et
d’établissements touristiques. Grâce à sa
position géographique lui conférant avec
Sainte-Adèle le rôle de porte d’entrée
des Hautes Laurentides, Val-Morin, a acquis la popularité
d’un village paisible, là où les
résidents et villégiateurs se sont bâtis de
magnifiques maisons sur les bords des lacs et en montagne,
particulièrement dans le secteur du lac La Salle, au domaine
des Boisés Champêtres.
« Valmorinois et valmorimoise » est le
gentilé que l’on adresse aux habitants de Val-Morin.
Aujourd’hui sa population permanente est de quelque 2 280,
pour un nombre de 1 100 résidences permanentes. La
population des résidences secondaires est d’environ
840.
Val-Morin célèbre en 1975 : Le 50e anniversaire de
la paroisse Saint-Norbert. Dans son message du 15 mai, le maire
Wilbrod Foisy, écrivait : «Après 50 ans de
travail ardu, des gens courageux et dynamiques ont
réalisé un Val-Morin sain et prospère. Nous
nous devons de continuer leurs efforts, pour que nos personnes
âgées puissent y vivre en paix et nos jeunes y grandir
avec fierté ». Puis en 1997, on fête le 75e
anniversaire de la municipalité. Le maire Gilles Leroux
écrivait : « … àces pionniers du
début et à ceux qui continuent de porter le flambeau,
à vous citoyens qui, par vos idées, avez aidé
à rendre Val-Morin ce qu’elle est aujourd’hui,
une municipalité où il fait bon vivre…
chantons, dansons et trinquons ensemble…»
L’auteur de ces lignes adresse ses plus sincères
remerciements à Geneviève Legault-Saint-Amour, pour
son accueil chaleureux à la Mairie de Val-Morin et pour les
précieux documents, qui l’ont aidé à la
rédaction de cet article.
Écrit sur
Augustin-Norbert Morin
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